Concert – « Suite : Anabasis » – Dominique Pifarely Septet [11 juin 2019]

“L’anabase, c’est la remontée de la mer vers les terres (…) et la sortie d’exil. Cette montée est aussi un retour, qui paradoxalement s’effectue dans l’avenir.” Martine Broda, “Dans la main de personne, essai sur Paul Celan”

“L’anabase, c’est la remontée de la mer vers les terres (…) et la sortie d’exil. Cette montée est aussi un retour, qui paradoxalement s’effectue dans l’avenir.” Martine Broda, “Dans la main de personne, essai sur Paul Celan”

Après un travail, il y a 15 ans, sur des poèmes de Paul Celan (pour chœur de chambre, 2 récitants et 6 musiciens-improvisateurs), les textes fournissent aujourd’hui une trame invisible (au sens propre : rythme, prosodie, espace, forme) qui guide cette utopie d’un retour dans l’avenir.
Suite : Anabasis est donc un acte musical à la fois engagé et rêveur, formel et sensible, avec en toile de fond un questionnement qui porte sur l’exil, le déplacement, la fuite, la quête, mais aussi l’exil de soi et le retour vers soi et vers l’autre, et quelques intuitions contemporaines.

« Comme souvent chez Dominique Pifarély, la première impulsion créatrice est d’origine littéraire : Anabase, un poème de Paul Celan, un auteur qui a déjà suscité chez le violoniste plusieurs compositions, et donne lieu cette fois à une suite. L’enjeu est d’importance pour le musicien : il a rassemblé un groupe où chacun représente une sorte d’idéal, comme interprète et improvisateur. La pièce est assez longue, elle s’est étoffée de nouveaux développements depuis son avant-première, mais l’attention du public est totale, du début jusqu’à la toute fin. On part d’une seule note, obstinément rejouée par le piano, adagio, jusqu’à l’entrée du sax baryton, bientôt rejoint par les autres instruments. Dès lors il semble évident que vont se mêler l’esprit de la musique de chambre contemporaine et les rythmes anguleux d’un jazz qui n’est pas moins contemporain, dans un spectre large qui s’étendrait des phrases policées de l’écriture ‘savante’ jusqu’aux écarts des musiques improvisées les plus radicales. C’est ensuite une mélodie lyrique, aux intervalles distendues (la mémoire de l’ange n’est pas très loin….), et le rythme s’affirme et l’ensemble dérive vers les abords interlopes du jazz, avec un tutti libre et délibérément divergent. Le violoncelle revient au centre, et s’organisent des constructions qui, dans mon souvenir (forcément fragile) oscillent entre le contrepoint et le canon. Il serait vain, et fastidieux, de vouloir décrire par le menu le cheminement de cette longue pièce, grande forme (forme ouverte pourrait-on dire, sans formalisme), avec ses glissements et ses surprises : aux deux-tiers environs du concert, entendant le sax baryton rejouer la note obstinée qui avait ouvert le concert, et sur le même tempo, j’ai cru que se préparait le moment conclusif ; il n’en était rien, juste une ponctuation structurelle qui rappelle le chemin emprunté par la forme. Ce que je retiens, c’est l’extrême cohérence du cheminement, le très grande qualité de solistes (le violoniste inclus !), dans l’exécution comme dans l’improvisation, et cette oscillation permanente entre les langages que tous les membres du groupe ont en commun, de l’écrit le plus rigoureux jusqu’à l’improvisation la plus libre, presque un manifeste qui nous dirait : nous jouons ce que nous sommes. J’en veux pour preuve le mouvement final, sorte de groove dansant (mais très élaboré) qui respire la liberté d’être, et se fond dans une coda chambriste qui va s’éteindre avec le retour, furtif, de la note obstinée qui ouvrait le concert. Il y a bien là une œuvre accomplie, libre et cohérente, belle réussite. » Xavier Prévost / Jazz Magazine, 7 mai 2018

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